Prenons un cas simple : une personne seule, salariée, locataire d’un T2, sans enfant à charge. Pas de logement haut de gamme, pas de dépenses de loisirs particulières.
En France, un T2 se louait en moyenne 750 € charges comprises pour 42 m² en 2025 selon LocService.
Pour l’énergie, la CRE donne comme repère 139 € par mois pour un appartement de deux personnes entièrement électrique. Pour rester prudent dans le cas d’une personne seule, nous retenons 120 €.
L'Arcep constate par ailleurs des dépenses moyennes d'environ 37 € HT pour l'accès Internet fixe et 15 € HT pour le mobile ; retenir 60 € TTC pour les deux reste donc raisonnable.
Poste
Montant mensuel
Loyer T2
750 €
Électricité / chauffage
120 €
Eau / assainissement*
30 €
Assurance habitation
20 €
Internet + mobile
60 €
Mutuelle santé
50 €
Hygiène, ménage, vêtements et chaussures
100 €
Transport en commun restant à charge
40 €
TOTAL HORS NOURRITURE : 1 170 €
* Si l'eau est déjà intégralement comprise dans les charges du loyer, on retire 30 € : 1 140 €. La prise en charge patronale des abonnements de transports publics est d'au moins 50 %, d'où une hypothèse modérée de 40 € restant au salarié.
Avec 1 500 € nets, il ne reste donc que 330 € par mois — ou 360 € si l'eau est déjà comprise — avant même de manger.
Ce solde doit encore financer toute l'alimentation du mois, les médicaments ou soins restant à charge et tous les incidents ordinaires de la vie.
On supprime les 40 € de transports publics et on ajoute une voiture d'occasion raisonnable :
Poste automobile
Montant mensuel
Assurance
50 €
Carburant
200 €
Entretien provisionné
80 €
Petit crédit automobile
175 €
Total voiture
505 €
L'hypothèse d'assurance est modérée : France Assureurs relevait déjà une prime moyenne de 480 € HT par an en 2024.
Le budget devient alors :
1 170 € − 40 € + 505 € = 1 635 € par mois.
Si l'eau est comprise dans les charges : 1 605 €.
Avec un revenu de 1 500 € nets, cette personne est donc déjà déficitaire de 105 à 135 € avant d'avoir acheté le moindre aliment.
Aucune nourriture. Aucun reste à charge médical. Aucun dentiste. Aucune paire de lunettes. Aucun loisir. Aucun restaurant. Aucun café. Aucun week-end. Aucun départ en vacances. Aucune épargne.
Il ne prévoit pas davantage le remplacement d'un lave-linge, d'un téléphone ou d'une paire de chaussures, une réparation automobile imprévue, une franchise d'assurance ou une autre dépense exceptionnelle.
Nous n'ajoutons pas non plus d'impôt sur le revenu : à ce niveau de rémunération, son montant dépend trop de la situation fiscale précise pour l'introduire artificiellement dans le calcul.
Et le revenu retenu, 1 500 € nets, est légèrement supérieur au Smic net mensuel indicatif actuel de 1 477,93 €.
Une personne seule, salariée, locataire d’un T2, sans enfant à charge.
Pas de logement haut de gamme, pas de dépenses de loisirs particulières : les chiffres sont simplement là.
Sans voiture, il reste environ 330 € par mois pour se nourrir, se soigner et absorber l’ensemble des dépenses imprévues du mois.
Avec une voiture nécessaire pour travailler, le budget est déjà déficitaire avant même l’achat du premier aliment.
Ce calcul ne comprend aucun loisir, aucun restaurant, aucun café, aucun départ en vacances, aucune épargne et aucun véritable accident de la vie. Il ne comprend pas non plus les soins restant à charge.
À ce niveau de revenu, un incident banal — une panne de voiture, un appareil électroménager à remplacer, une paire de chaussures à racheter ou une dépense médicale — ne réduit pas le budget loisirs : il oblige à prendre sur un besoin essentiel, à s’endetter, à puiser dans une éventuelle épargne ou à reporter la dépense.
Seuil de pauvreté
En 2024, le seuil officiel de pauvreté monétaire est fixé à 1 337 € par mois pour une personne seule. Ce montant ne correspond cependant pas à un budget considéré comme nécessaire pour vivre : il s’agit d’un seuil statistique, fixé à 60 % du niveau de vie médian. En France métropolitaine, 9,8 millions de personnes, soit 15,4 % de la population vivant en logement ordinaire, se situent sous ce seuil. La moitié des personnes pauvres disposent même de moins de 1 074 € par mois.
Or, dans notre simulation, une personne seule locataire d’un T2 atteint déjà environ 1 140 à 1 170 € de dépenses mensuelles avant même de se nourrir, et cela sans voiture. Avec environ 300 € consacrés à l’alimentation, le budget essentiel atteint 1 440 à 1 470 €.
Lorsque la voiture est indispensable pour travailler, le même budget approche 1 900 € par mois, nourriture comprise, toujours sans vacances, loisirs, véritable épargne ni accident important de la vie.
Le seuil officiel de pauvreté et le montant nécessaire pour assurer les dépenses ordinaires d’une vie ne mesurent donc pas la même chose. À 1 337 €, une personne seule qui doit payer son logement peut déjà être contrainte d’arbitrer entre des dépenses essentielles.
Pour le logement, notre simulation s’appuie notamment sur un T2 moyen de 750 € charges comprises pour 42 m² en 2025 selon l’observatoire LocService. Les autres postes du budget restent ceux de notre scénario prudent ; il faut donc bien les présenter comme une simulation, et non comme une moyenne nationale officielle poste par poste.
Sources : Insee — Niveau de vie et pauvreté en 2024 · Insee — Intensité de la pauvreté · LocService — Marché locatif 2025
Regarder uniquement le SMIC ne permet pas de mesurer l’ensemble des personnes confrontées à une forte contrainte budgétaire. Il faut regarder le niveau de vie, qui tient compte des ressources du ménage — salaires, retraites, chômage, prestations sociales, revenus du patrimoine — et de sa composition. Les enfants, les retraités et les personnes sans emploi sont donc bien pris en compte dans cette distribution.
En 2024, l’Insee situe :
les 30 % les plus modestes sous 20 980 € par an, soit environ 1 748 € par mois ;
les 40 % les plus modestes sous 23 880 € par an, soit 1 990 € par mois ;
la médiane à 26 740 € par an, soit 2 228 € par mois : la moitié de la population se situe donc sous ce niveau.
Notre repère de 1 900 € par mois se situe entre le troisième et le quatrième décile. On peut donc affirmer sans approximation que entre 30 % et 40 % de la population dispose d’un niveau de vie inférieur. Une interpolation donne un ordre de grandeur d’environ 36 %, mais ce 36 % doit être présenté comme une estimation, puisque l’Insee ne publie pas directement un seuil à 1 900 €.
Autrement dit, plus d’un Français sur trois se situe dans la zone où notre simulation d’une personne seule locataire avec voiture ne laisse pratiquement plus de marge après les dépenses ordinaires.
Et à 2 228 €, on atteint seulement la médiane : une personne sur deux vit en dessous.
Attention au champ statistique : ces données concernent les personnes vivant dans un logement ordinaire en France métropolitaine. Les personnes sans domicile et certaines personnes vivant en institution n’y figurent pas.
Sources : Insee — Distribution des niveaux de vie 2024 · Insee — Définition du niveau de vie · Insee — Niveau de vie et pauvreté en 2024
Notre simulation fait apparaître qu’autour de 1 900 € mensuels, une personne seule locataire ayant besoin d’une voiture peut essentiellement se loger, se déplacer, se nourrir et assurer ses dépenses courantes. Il reste très peu de marge pour une panne de voiture, un appareil électroménager à remplacer, des frais médicaux importants ou tout autre imprévu. Il ne s’agit pas d’un seuil officiel : c’est le résultat du budget-type présenté dans cet article.
Or, les statistiques nationales montrent qu’en 2024, entre 30 % et 40 % de la population disposent d’un niveau de vie inférieur à 1 900 € par mois ; l’ordre de grandeur obtenu par interpolation est d’environ 36 %.
Mais les données déclaratives sont peut-être encore plus parlantes. Début 2024, 21,4 % de la population vivaient dans un ménage déclarant parvenir difficilement ou très difficilement à finir le mois. 20 % supplémentaires déclaraient y parvenir assez difficilement. Au total, c’est donc environ 41 % de la population pour laquelle finir le mois n’était pas considéré comme facile.
Par ailleurs, 28,5 % des personnes déclaraient ne pas pouvoir faire face financièrement à une dépense imprévue de 1 000 €. Une panne importante de voiture, une chaudière, un appareil ménager ou certaines dépenses de santé peuvent donc suffire à déséquilibrer le budget de plus d’un quart de la population.
Enfin, lorsqu’on demande directement aux Français quel revenu mensuel une personne seule doit au minimum avoir pour vivre, leur réponse moyenne est de 2 090 € par mois en 2024 ; la réponse médiane est de 2 000 €. Seulement 10 % estiment qu’un montant de 1 400 € ou moins est suffisant.
Cela ne signifie pas que 36 % ou 41 % de la population sont officiellement pauvres. Cela montre autre chose : la pauvreté statistique, la difficulté à finir le mois et l’absence de marge financière sont trois réalités différentes.
Le seuil officiel de pauvreté est de 1 337 €.
Notre simulation situe autour de 1 900 € le budget permettant essentiellement de couvrir les besoins ordinaires lorsqu’une voiture est nécessaire.
Les Français estiment eux-mêmes qu’il faut en moyenne 2 090 € à une personne seule pour vivre.
Et la moitié de la population dispose d’un niveau de vie inférieur à 2 228 €.
Dès lors, la question n’est plus seulement : combien de personnes vivent officiellement sous le seuil de pauvreté ?
Elle devient : combien de personnes disposent réellement d’une marge suffisante pour qu’une panne de voiture, une machine à laver à remplacer ou une dépense médicale ne transforme pas un mois ordinaire en difficulté financière ?
Sources pour cette conclusion : Insee — Privation matérielle et sociale en 2024 · Insee — Distribution des niveaux de vie · DREES — Opinion de la population sur la pauvreté et l’exclusion, 2024
Une réalité budgétaire
À 2 228 € par mois, on atteint seulement le niveau de vie médian : un Français sur deux vit avec moins.
Or, dans notre simulation, autour de 1 900 € suffisent à peine à couvrir le logement, la voiture, l’alimentation et les dépenses courantes d’une personne seule, sans véritable marge de sécurité.
Une panne de voiture, un appareil électroménager à remplacer ou une dépense de santé imprévue peuvent alors suffire à déséquilibrer entièrement le mois.
Autrement dit, bien au-delà de la pauvreté statistique, une part considérable de la population vit avec un équilibre financier qui tient parfois à très peu de chose.
Les montants retenus dans cette simulation combinent des données statistiques publiées et des hypothèses volontairement prudentes pour les postes ne disposant pas d’une moyenne nationale directement comparable.
Cet article constitue une analyse socio-économique des conditions de vie, fondée sur des données publiques et une mise en situation budgétaire concrète.
AUTEUR
Frédéric Gaffiat-Body — Veille & Analyse
Veille et analyse indépendante
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Contact : veille@centmotsdire.fr
Service-Public — Montant du Smic en 2026 : 1 477,93 € net mensuel indicatif